26/03/2026
CHRONIQUE DE JOHN MABAK
Les Angles Morts de la Souveraineté Monétaire
Le débat sur la souveraineté monétaire est souvent dominé par la passion politique, reléguant au second plan les réalités économiques fondamentales. Si l'aspiration à battre sa propre monnaie est légitime, l'analyse rigoureuse révèle des angles morts cruciaux.
L'illusion de la création monétaire et le piège de l'inflation
Il est tentant de croire que la monnaie doit précéder la production pour stimuler l'économie. Pourtant, l'histoire économique démontre qu'injecter de la liquidité sans un appareil productif capable d'absorber cette demande ne crée pas de croissance, mais de l'inflation.
De même, la faiblesse du crédit dans nos économies est souvent imputée à tort à la seule politique monétaire. En réalité, si le crédit est rare et onéreux, c'est avant tout parce que le risque est élevé.
Le dilemme de la parité : Stabilité contre Compétitivité
La question du taux de change cristallise les tensions. D'un côté, une parité fixe offre une visibilité inestimable aux investisseurs et garantit une stabilité des prix indispensable à la paix sociale.
D'un autre côté, les partisans de la dévaluation arguent qu'une monnaie faible stimule les exportations. C'est un fait, mais à une condition stricte : il faut exporter des produits finis.
Quatre interrogations stratégiques pour les souverainistes
Pour élever le débat au-delà des postures idéologiques, tout modèle de sortie ou de refonte monétaire doit impérativement répondre à ces questions critiques :
Sur la capacité productive : En cas de dévaluation drastique, quels produits manufacturés locaux sont réellement prêts, dès demain, à remplacer les importations devenues hors de prix pour nos concitoyens ?
Sur l'indépendance institutionnelle : Comment garantir de manière irrévocable que le pouvoir politique ne transformera pas la Banque Centrale en planche à billets pour financer ses déficits, ruinant ainsi l'épargne des citoyens ?
Sur le risque de change : Dans un système de monnaie flottante, quels mécanismes protégeront nos entreprises, massivement dépendantes de l'importation d'équipements et d'intrants, contre la volatilité quotidienne des taux ?
Sur les réformes structurelles : Le rationnement du crédit est-il fondamentalement monétaire, ou exige-t-il d'abord la mise en place d'un cadastre sécurisé et d'un système judiciaire capable de faire exécuter les contrats avec célérité ?
La "Troisième Voie" : La Gouvernance avant la Monnaie
En définitive, le véritable enjeu n'est peut-être pas la monnaie en elle-même, mais la gouvernance économique globale. Une souveraineté monétaire assumée et réussie ne se décrète pas ; elle se construit. Elle exige un cadre institutionnel inébranlable fait de justice et de transparence.
Sans ces fondations, la monnaie souveraine restera un mirage économique.
John Mabak,
Expert Consultant en Ingénierie de Gouvernance, Stratégies Financières & Développement.