16/08/2017
Au secours ! Le pilote est parti par la fenêtre (en plein vol) !
_ 10 juin 1990
Cela fait une dizaine de minutes que le vol 5390 de la British Airways s’est arraché de la piste de l’aéroport de Birmingham, en Angleterre. Sous les ailes de l’appareil – un Bac 111 – s’étendent à présent les plaines du sud-ouest du royaume britannique.
Aux commandes de l’avion, le capitaine Timothy Lancaster – 41 ans dont 21 de pilotage – jette un coup d’œil à l’altimètre : 7000 mètres. Tout va bien. L’appareil monte tranquillement pour gagner son altitude de croisière. Cap sur l’Espagne. Malaga. Le soleil. Les vacances…
Dans les travées, les hôtesses vont et viennent, offrant une collation aux 81 passagers. Ce 10 juin 1990, il fait un temps superbe et c’est un vol sans histoire qui s’annonce…
Treize minutes exactement après le décollage, pourtant, le steward Nigel Ogden passe la tête dans le cockpit, demandant aux pilotes s’ils souhaitent qu’on leur serve une tasse de thé. Timothy Lancaster et son second Alastair Atchison acquiesce d’un hochement de tête. Au moment où Nigel Ogden s’apprête à aller chercher les boissons, un bruit d’explosion retentit et une violente secousse fait tanguer l’avion. « Une bombe ! » pense instantanément le steward. Se retournant vers le poste de pilotage, il découvre un spectacle qui le glace d’effroi !
Tandis que les hôtesses courent, vérifiant les ceintures de sécurité des passagers, Nigel Ogden se précipite dans le cockpit, claquant la porte derrière lui. Mais une passagère, Margaret Simmonds, a tout de même le temps d’apercevoir elle-aussi la scène inimaginable : un homme est encastré dans le pare-brise de l’avion. La moitié supérieure de son corps disparaît au dehors tandis qu’un steward le retient, les deux mains accrochées à la ceinture de son pantalon. Autour des deux hommes, manuels de vol, listes de contrôle, objets divers et même un extincteur sont aspirés par le vide créé par la dépressurisation. L’homme suspendu ainsi dans le ciel n’est autre que le capitaine Timothy Lancaster. Pour comprendre comment il s’est retrouvé dans cette fâcheuse posture, il faut remonter quelques minutes en arrière.Le pilote venait d’effectuer une dernière vérification lorsque soudain quelque chose – l’enquête n’a jamais déterminé quoi avec précision – percute l’avion de face. Le pare-brise, pourtant d’une solidité à toute épreuve, explose, provoquant une violente dépressurisation de la cabine. Le pilote, malgré son harnais de sécurité, est arraché à son siège. Dans un réflexe incroyable, le steward Nigel Ogden, bondit et parvient à attraper les le capitaine par les jambes. Un éclat de verre lui entaille la main, ses doigts sont en train de geler et le froid lui brûle les yeux, pourtant malgré la douleur il retient le pilote de toutes ses forces et trouve les ressources d’appeler à l’aide.
Comprenant que Nigel Ogden ne pourra pas tenir longtemps, un autre membre d’équipage Simon Rogers, s’installe à la place du pilote et s’attache solidement dans le siège. Ainsi harnaché, il relaie Nigel Ogden que la douleur oblige petit à petit à lâcher.
De son côté, Alastair Atchison, le co-pilote enfile un masque à oxygène et prend les commandes de l’avion. Il contacte l’aéroport le plus proche pour demander l’autorisation d’atterrir de toute urgence.
— Tenez bon ! On va se poser ! hurle-t-il sans savoir si ses compagnons l’entendent.
A l’arrière de l’appareil, c’est la panique. Les hôtesses tentent de calmer les passagers. Parfois, par les hublots, on voit passer des lambeaux d’uniforme et de vêtement que la vitesse arrache au capitaine Lancaster. Dans le cockpit, un autre steward et une hôtesse ont rejoint Simon Rogers. Ils sont trois maintenant agrippés aux jambes du capitaine. Timothy Lancaster est-il encore vivant ? Ils n’ont aucun moyen de le savoir. Son corps dénudé est bringue ballé sur le nez de l’avion. Avec horreur, ses sauveteurs voient des gouttes de sang venir s’écraser sur ce qu’il reste du pare-brise. Nigel Ogden, une fraction de seconde, croise le regard de son capitaine, à travers ce qu’il reste de pare-brise. Un regard vide, comme celui d’un homme mort. Comme ils le raconteront plus t**d, ils n’ont à cet instant plus aucun espoir de sauver le Timothy Lancaster, mais ils savent que s’ils lâchent, le pilote sera aspiré et broyé par les moteurs de l’appareil. S’ils tiennent au-delà de leurs forces, c’est qu’ils veulent rendre une dépouille que sa famille puisse enterrer
Ils tiennent ainsi vingt minutes. Le temps pour le co-pilote Alastair Atchison d’atteindre enfin l’aéroport de Southampton. Epuisés, les sauveteurs ramènent leur capitaine à l’intérieur. Incroyable : il est vivant ! Au moment où les secouristes le chargent sur une civière, il prononce même cette phrase étonnante :
— Je veux manger.
Ses blessures, quand on sait ce qu’il vient de vivre, paraissent minimes : des radiographies effectuées à l’hôpital de la ville montrent qu’il souffre de fractures au pouce, au coude, au poignet, et de gelures des mains.
— Je n’aurais jamais d’une vie pour remercier mon équipage, a-t-il simplement déclaré. Ils ont été magnifiques de courage et de sang-froid.
Les passagers du vol 5390, eux, tous sains et saufs, ont pu continuer leur voyage vers Malaga sur un autre appareil. Deux se sont plaints de ne pas récupérer leur bagage assez vite. Sept autres vacanciers ont toutefois refusé d’embarquer à nouveau. Sans doute pensaient-ils qu’ils avaient eu assez de souvenirs à raconter pour le restes de leurs vacances.
Nigel Ogden, lui, ne se remit jamais de cette histoire. L’enquête a démontré par la suite qu’il avait retenu à la force de ses bras, compte tenu de la vitesse du vent ce jour-là et de la force d’attraction, un poids de 226 dans un froid intense. Un exploit surhumain qu’il expliqua par la pratique du rugby. Auteur d’un incroyable placage en plein ciel, l’héroïque steward ne surmonta cependant jamais le stress post-traumatique. Interdit de vol pour raisons médicales, il continua à travailler un temps pour la compagnie aérienne qui l’employa au sol, avant de devenir agent de sécurité dans un centre de l’Armée du Salut.