25/05/2026
Avant de bétonner un champ pour un nouvel entrepôt logistique, recyclez d'abord l'une des quinze mille friches industrielles qui dorment déjà en France. Dans le même département, dans le même bassin d'emploi.
L'inventaire 2025 du Cerema recense 15 000 friches sur le territoire, soit 60 000 hectares déjà cartographiés et entre 80 000 et 140 000 hectares estimés au total. 37 000 hectares sont immédiatement mobilisables pour un usage industriel — anciennes usines, sites ferroviaires, hangars militaires, plateformes logistiques abandonnées. Les deux tiers se situent en zone urbanisable, ce qui signifie qu'aucune modification de PLU n'est requise pour les redévelopper. L'industrie française estime ses besoins fonciers à 20 000 hectares d'ici 2030. Le seul gisement de friches couvre cette demande deux à sept fois.
Un hectare de terre agricole bétonné pour un entrepôt, c'est un sol vivant retiré du cycle alimentaire pour les trente à cinquante ans de la concession au minimum, et le plus souvent pour toujours. À l'inverse, une friche industrielle reconvertie ne consomme aucun sol agricole nouveau, mobilise un terrain déjà raccordé aux routes et aux réseaux, et libère de la main d'œuvre locale dans des bassins d'emploi qui en ont besoin. Le fonds friches a déjà financé la dépollution et la reconversion de 5 800 hectares entre 2021 et 2024, pour 750 millions d'euros, et le dispositif a été pérennisé.
L'article 215 de la loi Climat interdit depuis 2021 les surfaces commerciales de plus de 10 000 m² sur sol vierge — mais il comporte une faille majeure. Les entrepôts de e-commerce ont été explicitement exclus du moratoire à la demande du gouvernement, après le rejet en commission mixte paritaire de plusieurs amendements sénatoriaux qui voulaient les intégrer. Résultat : un entrepôt Amazon construit à Amiens occupe 170 000 m² — l'équivalent de 24 terrains de football — sur des terres qui produisaient du blé deux ans plus tôt. La protection existe pour les hypermarchés. Elle reste à inscrire dans la loi pour les entrepôts logistiques.
Le foncier industriel existe. Quinze mille sites cartographiés. Un fonds public pour la dépollution. Des terrains raccordés, en zone urbanisable, dans les bassins d'emploi. Construire en plein champ n'est pas un choix d'efficacité économique — c'est un choix entre ce qui est facile et ce qui est intelligent.