21/06/2026
21 juin 2026
Il y a de l’infini dans tout ce que je touche. Ce n’est pas d’aujourd’hui. Petiot, sur le chantier de mon père, à la recherche du clou égaré sur la planche, la caresse de sa matière illuminait mes mirettes, des merveilles que, moi seul, voyait.
Il en était de même lorsque je frottais mes menines contre la mousse des talus, que je les confrontais au rugueux contact du granit. Naissaient, alors, en ma tête, des émotions rares, des sensations subtiles, que moi, seul, je répète, percevait.
Tout était prétexte à enchantement du végétal au minéral. Tout amenait à s’envoler vers l’ailleurs, le véritable, celui que les piafs indiquaient, planant au-dessus de ma tête, la collée au sol par le corps..
Je me préparais, sans le savoir, à emprunter la route par laquelle ma chétive carcasse connaîtrait des expériences heureuses ou malheureuses, toutes inoubliables, hors d’un quelconque clan, côtoyant l’universel. Je choisirai la poétique à la politique. J’affûterai mon non contre le faux de l’intellectualisme. Il engendre le pouvoir. Je la vivrai à fond, l’aventure.
Je m’illusionnais. Je m’illusionne encore, lucide. Je connais l’homme et son affreuse machinerie. Je connais aussi sa rare capacité à s’inscrire dans le tout désordonné, d’y graver sa beauté dans le mouvement universel..
Pourraient, peut-être, me disais-je, exprimer par les mots, cette résolution de respirer intensément, si je parvenais à les glisser dans la gangue du merveilleux, que je les en ressortais tout imbibés de l’authenticité, pour conter une autre possibilité de vivre que dans le mirage du matérialisme.
Ce dernier exulte les tares, abreuve la rivière ineptie, n’offre aucun espoir d’élévation. Il nourrit la bauge du médiocre, du plaisir immédiat, qui n’est qu’une illustration de l’égoïsme.
Ce fut la base de la motivation, vivre en poésie. Je m’échine à polir les mots, sans rien attendre en retour. J’écris avec la couleur de ma palette sensible, le haut, ici bas, acagnardé.
Je demeure fidèle au choix de la vibration, ayant répondu aux nécessités du matériel, toit et manger.
Je tapote de mes doigts gauches, ma main droite. Je réfléchis. Je me prends un temps avant de m’y remettre dans le bruissement des phrases.. Ai-je été sincère ? Ai-je rapporté exactement ce que je ressens ?
Peu me chaut. J’illustre mon destin par le poème. J’en ai rien à fo**re de l’époque, de la mode, du système, du moment que je perpétue dans mes veines le flux incessant d’une vie refusant de se soumettre aux diktats du troupeau, couple et possession, mes marottes, notamment.
Je revendique mes défauts, du moins, pour cette société organisée, corsetée, injuste. Les saligots m’ont permis d’entreprendre ce voyage intérieur.
Je suis en forme. Je pète le feu, du moins cerveau. Je l’alimente du soleil interne jusqu’à la pellicule qui l’enserre. Je continue à faire dimanche, vivant. J’envoie sur vos murs, les derniers capturés, prose et poèmes, cette semaine, alors qu’ils se promenaient, badins, sur le quadrillé des pages vierges, sœurs de mes délires.
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ENCORE LA ROSE
Je tends jusqu’au parfum de la rose toute ma concentration. Je détends mes mains ne sentant plus ses épines et toute chose, qu’elle soit intellectuelle ou manuelle, me semble si facile à appréhender, car je n’ai aucune explication à donner parasitant les effets de ma fée, inspiration.
Je suis alouette, exprimant son vol sur une toile bleue et claire. Je virevolte pinson au dessus de l’arête des rêves. Je suis ce que je tentais d’être, une impossible expression de la liberté..
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PREMIER FRÉMISSEMENT
L’envie de s’endormir, sous l’effet acidulé d’un verbe entraînant dans sa gymnastique des attributs réticents à ne plus être ce qu’ils sont. Coller sa chair et l’invisible qu’elle retient dans une escouade de voyelles épousant des consonnes.
Ne plus contraindre sa langue, aux usages éculés du plaire. Arpenter, à sa façon, les lazarets qu’aînés ont empruntés, hors des affects idiots, méprisant l’enclume par leur plume.
Évoquer, un sacré, en toutes périodes, universel. Y entrer dedans !
Boire un litre de whisky péter un rot dans une neige de soie. Se dire qu’être incompris va de soi, lorsque sur l’arête d’un toit, titube un moineau, sous l’ivresse du soleil et que naît dans la tête, le premier frémissement d’une extase..
***
UNE DISEUSE
Tintement d’une cuillère
dans une tasse de café
Doigts de femme
gesticulent pour
illustrer une conversation
Tout à coup
vrombissement
de la machine
à laver la vaisselle
Le son de la voix
ne baisse pas
Aucun bruit ne perturbe
une diseuse
***
COCU POÈTE
Grâce à quémander
celle d’écouter
à son insu
un concert
Par la fenêtre
échappant du cercle
du courtil
monte
la mélopée des flûtes
jouée par des élèves
de l’école de musique
Applaudissements brefs
ajoute chair à la prestation.
Cocu poète !
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FLASH
Deux êtres jamais vus
un silence sur lequel
se pose le furtif d’une pensée
Je m’approche de la pluie
Je vais à la rencontre du soleil
Serge Mathurin THÉBAULT