28/05/2026
🎂🎉Cette année nous célébrons les 50 ans de la Tall Ship Race de 1976 (1976-2026 ) organisée en l'honneur du bicentenaire de l'indépendance des États-Unis d'Amérique. Plymouth, Ténériffe, Hamilton aux Bermudes, New York, Boston… Une étape majeure pour The Tall Ships Races
🧭PHOENIX en 1976 : le plus petit des grands !
Armé et affrété par l'association Mariners International, le PHOENIX se présentait au départ sous pavillon irlandais, jaugeant 51 tonneaux Tamise — unité de jauge traditionnelle britannique — ce qui le plaçait, tout juste, en Classe A : la classe reine, celle des grands voiliers à gréement carré, réservée aux unités dépassant les 50 tonneaux Tamise.
Dans cette classe d'honneur, toutes les autres unités étaient des voiliers-écoles armés par des marines militaires ou de commerce : Sagres, Dar Pomorza, Gorch Fock, Kruzenshtern… Le PHOENIX, lui, était un navire civil, associatif, embarquant des équipages mixtes de 25 participants, âgés de 15 à 55 ans, représentant sur l'ensemble de l'événement une dizaine de nationalités différentes.
Le brick-goélette était ainsi le plus petit des grands — mais certainement l'un des plus remarqués dans les ports d'escale, grâce à une particularité aussi pittoresque qu'ingénieuse : vingt poules pondeuses, installées en cages sur le pont, garantissant à l'équipage les œufs les plus frais de l'Atlantique.
🧭La 5ème étape : Boston-Plymouth, un duel qui n'eut pas lieu
Pour l'étape de retour, la cinquième et dernière manche de la course, reliant Boston à Plymouth, la Classe A ne comptait que deux inscrits :
- Le Kruzenshtern, quatre-mâts barque soviétique, ancien cap-hornier allemand, mastodonte de la voile et doyen des géants de la course,
- Le PHOENIX, vaillant petit brick-goélette de 51 tonneaux.
Sans doute peu désireux de s'exposer à l'humiliation d'arriver deuxième en Classe A derrière un navire de 51 tonneaux, le KRUZENSHTERN se désista au dernier moment, laissant le PHOENIX seul représentant de sa classe.
La victoire n'était pourtant pas acquise d'avance. Les règlements de la Tall Ships Race sont formels : pour être classé, un concurrent doit accomplir la traversée à la voile seule, sans recourir à la propulsion mécanique.
🧭35 jours de traversée : l'épopée des calmes et des marées
La traversée s'annonçait difficile. Erik Abranson, capitaine du PHOENIX, avait estimé au commissaire de bord de l'association — un comptable britannique d'une parcimonie légendaire — qu'il faudrait compter entre quinze et vingt-cinq jours pour rallier Plymouth. Le trésorier, pragmatique à l'excès, ne débloqua de quoi ravitailler le navire que pour quinze jours.
La traversée en prit trente-cinq.
L'étape fut en effet marquée par des calmes plats persistants, épreuve redoutable pour tout voilier résolu à ne pas toucher à son auxiliaire. Nombre de voiliers-écoles des autres classes abandonnèrent la course en cours de route, préférant rallier Plymouth sous moteur dans les délais impartis plutôt que de s'obstiner sous une toile molle et inutile. Le PHOENIX, lui, tint bon.
🧭Les cinq derniers jours furent particulièrement éprouvants : en vue des Cornouailles, les marées descendant la Manche effaçaient heure après heure les milles chèrement gagnés lors des périodes de brise. Le navire semblait condamné à tourner en rond aux portes du port.
La contribution des poules de pont fut, dans ces moments de disette, unanimement saluée par l'équipage. Mais ce furent bien les plus jeunes stagiaires, les plus amaigris, qui poussèrent le soupir de soulagement le plus profond lorsque le PHOENIX frappa enfin ses amarres sur le quai de Plymouth. Le brick-goélette était premier et seul en Classe A, vainqueur de la Leg 5, Boston-Plymouth, Tall Ships Race 1976.
🧭Le PHOENIX est un navire à l'histoire aussi riche que mouvementée, une pièce vivante du patrimoine naval européen.
Construit en 1929 au Danemark, il est mis à l'eau sous le nom de GABRIEL, conçu comme une goélette franche à tableau du type Baltic trader — robuste caboteur des mers nordiques — mais destiné à un usage singulier : évangéliser les pêcheurs hauturiers sur leurs lieux de pêche, en pleine mer, au nom d'une mission évangélique.
Le navire connaît ensuite plusieurs vies : dundée de cabotage, puis, démâté, simple caboteur motorisé. Un incendie le laisse pour mort. Il est finalement reconstruit aux Pays-Bas entre 1974 et 1976, relevé de ses cendres avec un superbe gréement de brick-goélette — d'où le nom de PHOENIX, l'oiseau mythique renaissant du feu — qui lui vaut d'embarquer dans la Tall Ships Race de 1976.
Sous pavillon britannique par la suite, le PHOENIX connaît encore la gloire sous les projecteurs du cinéma : il est choisi pour le tournage de "1492 : Christophe Colomb" de Ridley Scott (1992), avec Gérard Depardieu dans le rôle du Génois. Pour les besoins de la production, il est maquillé en réplique de la Santa María — embarcation que les historiens s'accordent à décrire comme un bâtiment court, ventru, peu glorieux à la manœuvre — avant de retrouver son gréement et son apparence authentiques. Il tourne dans de nombreux films et séries.
En 2024, le PHOENIX est racheté par un armement français. Une nouvelle vie s'ouvre pour ce survivant exceptionnel.
🧭À l'occasion de ce cinquantième anniversaire, Erik Abranson — navigateur, historien maritime, homme de mer et mémoire vivante de cette aventure — souhaite léguer au PHOENIX la coupe qu'il a conservée pendant un demi-siècle :
"First in Class A — Leg 5 Boston-Plymouth — Tall Ships Race 1976"
HAPPY BIRTHDAY ! 🎉
Article rédigé par Yvonig Le Mer (Sources archives Phoenix)
The Tall Ships Races