18/05/2025
La femme berbère fille du désert.
Elle l'attendait là, depuis bien longtemps, dans la vallée personne ne savait depuis quand, depuis des mois, des années, des siècles peut-être, personne ne le savait vraiment.
Elle restait là, seule, immobile et dans le vent, face aux montagnes arides et ocres, le vent du sud faisant flotter sa robe et le vieux tissus qu'elle portait sur la tête en guise de voile.
Elle l'attendait depuis si longtemps que les oiseaux blancs n'y prêtaient plus vraiment attention. Elle savait qu'un jour il viendrait, qu'il l'emmènerait par delà les mers et l'horizon, loin de ce pays où les gens se moquaient d'elle car elle ne bougeait plus depuis longtemps, disant qu'elle prenait racine, comme un arbre, elle savait qu'il l'emmènerait loin de ces marchands, qui n'avaient jamais vraiment bougé non plus, sauf pour rentrer chez eux à la tombée de la nuit, et pour revenir à l'aube pour travailler.
Elle, ne rentrait plus chez elle car, un chez elle, elle n'en avait plus depuis longtemps, depuis le temps qu'elle l'attendait ici, à quoi ça lui servirait d'avoir une maison ? bientôt il viendrait la chercher pour l'emmener par delà les mers et l'horizon.
Seule sous le soleil et le ciel bleu profond, le regard perdu posé sur cet horizon, elle espérait l'homme qui l'emmènerait, la marierait et l'aimerait jusque dans la mort et pour l'éternité.
Le temps qui passe et qui emporte tout n'avait plus vraiment d'emprise sur elle car l'espoir fait vivre, peut-être éternellement...
Le sable du désert, soufflé par le vent du sud, avait commencé à lui recouvrir les pieds, puis les chevilles, et les genoux.
Elle l'attendait là depuis si longtemps, immobile et dans le vent... dans sa tête, dans son corps, et dans tout son être, le temps semblait s'être arrêté.
Autour d'elle tout défilait si rapidement. Les jours poursuivant les nuits, les gens poursuivant le temps, le temps poursuivant les gens, les saisons qui se succèdent, les hivers et les printemps, les nuages au dessus des oiseaux blancs tout défilait si vite, si rapidement.
Les gens, finalement, avaient peut-être raison, elle sentait ses pieds s'enliser dans la roche comme si elle s'enracinait, comme un arbre.
Commençait-elle à ressentir ce que ça fait d'être un arbre parmi ceux de la palmeraie qui s'étendait à perte de vue en bas de la falaise qu'elle surplombait? Elle se le demandait...
À l'espoir parfois se mêle la tristesse et les regrets à la frontière du désespoir et de la folie, mais, seule, immobile et dans le vent, elle gardait ce sourire des gens qui croient, le sourire de ceux qui espèrent que demain sera meilleur, même si les jours sombres sont annoncés...
Bien des années étaient passées, les gens qui se moquaient d'elle avaient vieilli, leurs enfants avaient eu des enfants qui eux mêmes avaient vieilli. Elle, elle n'était plus qu'un souvenir, elle avait été la femme berbère fille du désert, immobile et dans le vent, celle qui attendait l'homme qui ne vint jamais, celui qui l'emmènerait pour la marier.
À sa place se dresse aujourd'hui une montagne arride et ocre parmi les autres. Les anciens, les témoins des témoins de ceux qui ont connu la fille du désert, racontent qu'elle se serait transformé en montagne, et, que parfois, quand la lune éclaire la vallée, on peut encore voir ses yeux qui scrutent l'horizon à la recherche de celui qu'elle attend encore depuis si longtemps...
Un jour, un voyageur vint à passer. Lui, il avait cherché dans bien des contrées, bien des pays, bien des vallées, la femme qui saurait l'aimer, celle qu'il saurait combler. Lui, il avait perdu l'espoir et avait décidé de s'arrêter sur cette montagne aride et ocre. Il n'avait plus, ni la force, ni le courage de continuer à chercher celle, qu'il emmenerait par delà les mers et les vallées, pour l'aimer et la marier.
L'Univers est ainsi fait, que parfois ceux qui pourraient s'aimer, se croisent sans pouvoir se voir, sans pouvoir se parler, sans pouvoir vraiment se rencontrer.
Seul, sous le soleil et le ciel bleu profond, le regard perdu vers l'horizon, il trouva cette montagne si belle qu'il en tomba amoureux. La tristesse, la joie, le bonheur, les regrets, tout s'entremêlait et il se mit à pleurer. Il versa tant de larmes que bientôt, à sa place, ne resta qu'une flaque qui disparu absorbée par le sol. À cet endroit a poussé un buisson ardent qui brille encore aujourd'hui de mille feux et pour l'éternité.
Depuis le temps qu'elle l'attendait, depuis le temps qu'il la cherchait, le destin les avait réuni d'une façon que personne n'aurait pu présager.
L'Univers est ainsi fait, que parfois, les âmes qui peuvent s'aimer, s'unissent par des manières que la raison ne peut imaginer.
Au pied de cette montagne est apparue une source qui jamais ne s'est tarie, et les anciens qui viennent encore y faire boire leurs troupeaux disent que c'est là l'enfant d'un Amour qui paraissait impossible et qui pourtant est arrivé, et, qu'on peut y entendre encore aujourd'hui, lorsque l'aube rayonne, des voix chanter à l'unisson, louant l'amour et l'éternité : la voix du voyageur vagabond et de la femme berbère, devenue montagne dans le désert...