26/09/2026
RÉPONSE À ÉRIC BRUNET (LCI) ET À L’ESSAYISTE-ÉCONOMISTE NICOLAS BOUZOU
TRANSPORTER DES PATIENTS : LE PROBLÈME OU LE BOUC ÉMISSAIRE ?
À écouter certains discours, les taxis seraient devenus responsables du déficit de l’Assurance Maladie.
Alors remettons les chiffres à leur place.
En 2024, les taxis conventionnés ont représenté 3,07 milliards d’euros, soit environ 1,2 % de l’ONDAM [l'équivalent du Budget de l'Assurance Maladie], qui s’élevait à 256,4 milliards d’euros. Les transports en taxi représentent 46 % des dépenses totales de transport de patients.
1,2 % de l’ONDAM. Voilà la réalité.
Et derrière ces 3 milliards, il y a des patients.
Dans le Gers [et partout en France], certains parcourent des dizaines de kilomètres pour rejoindre un spécialiste, un hôpital, une dialyse, une chimiothérapie ou simplement une structure de soins qui n’existe pas à proximité.
Les taxis ne créent ni les maladies, ni les prescriptions, ni les déserts médicaux, ni l’éloignement des structures de soins.
Nous transportons les patients là où se trouvent les soins.
Et maintenant, on voudrait transférer davantage de dépenses vers les mutuelles ?
Déplacer la facture n’est pas faire une économie.
Cela revient à faire payer davantage les complémentaires santé, donc potentiellement leurs adhérents, alors que certains Français ont déjà du mal à financer leur couverture santé.
Et les cotisations baisseront-elles ensuite ? Rien ne permet de l’affirmer.
Alors une question se pose :
À quand un journalisme qui cherche réellement les causes du problème plutôt que de désigner systématiquement les taxis ?
À quand des enquêtes sérieuses sur tous les postes de dépenses, les organisations inefficaces, les gaspillages et les fraudes ?
Concernant les cartes Vitale, des débats parlementaires ont évoqué plusieurs millions de cartes surnuméraires, avec des estimations historiques allant jusqu’à 5,6 millions. Mais attention : cela ne signifie pas que plusieurs millions de cartes frauduleuses sont actuellement utilisées, ni que plusieurs milliards de fraude sont démontrés. Ces chiffres sont eux-mêmes discutés et difficiles à chiffrer précisément.
Voilà justement le travail que nous attendons : enquêter, vérifier, comparer et mettre tous les chiffres sur la table.
Parce que des économies, il y en a certainement à faire dans notre pays.
Mais pourquoi chercher encore dans les services vitaux pour nos concitoyens, alors que l’accès aux soins devient de plus en plus difficile dans nos territoires ruraux ?
Le problème de la France n’est pas simplement qu’elle dépense.
C’est qu’elle dépense parfois mal.
Alors oui, contrôlons les abus.
Oui, améliorons l’efficience.
Oui, cherchons des économies.
Mais arrêtons de faire des taxis les responsables d’un système dont nous ne décidons ni des prescriptions, ni de l’implantation des médecins, ni de celle des hôpitaux.
Avant de compter les kilomètres des taxis, comptez donc les kilomètres que les patients doivent parcourir pour se soigner.
Nous ne transportons pas des milliards.
NOUS TRANSPORTONS DES PATIENTS.
Fabien Diaz
Président — Arc Atlantique Taxis 32