27/08/2026
Être autiste en Corée
Bonjour tout le monde ! Aujourd’hui je vais faire un post assez particulier parce que j’ai envie de parler un peu de ma vie en tant qu’autiste en Corée du Sud.
Et je précise tout de suite : je suis autiste avec un excellent masking. Quand je suis dehors, j’ai vraiment un très bon masking. Il a évidemment des failles, comme tout le monde, mais globalement je sais très bien cacher ce qui se passe.
Et je pense que c’est important de comprendre que masking ne veut absolument pas dire qu’on ne ressent rien.
Imaginez quelqu’un qui vous poignarde et vous restez complètement stoïque. Vous ne pleurez pas, ne criez pas, ne bougez pas, rien. Est-ce que ça veut dire que vous n’avez pas mal ? Non. Ça veut juste dire que vous savez très bien cacher votre douleur.
Le masking c’est un peu pareil.
Je peux avoir énormément envie de me balancer, d’avoir besoin de bouger, d’avoir besoin de m’isoler, d’être complètement saturée par les bruits autour de moi… et pourtant dehors je vais rester assise, calme, je vais parler normalement, sourire, répondre aux gens, faire ce qu’on attend de moi.
À la maison par contre, je me balance énormément. C’est quelque chose qui m’aide à me réguler.
Et le problème, c’est que tout ça demande énormément d’énergie.
Je pense que c’est un peu comme si vous passiez votre journée à retenir une douleur. À un moment donné, forcément, vous êtes épuisé.
Mes expressions faciales sont probablement l’un des rares trucs sur lesquels j’ai beaucoup plus de mal à faire du masking. Quand quelque chose me dégoûte, ça se voit. Vraiment. 😂
J’ai beau essayer de contrôler mon visage, parfois mon cerveau est juste en mode « NON » et mon visage suit.
Et faire du masking sur mes expressions faciales me demande tellement d’énergie que je ne tiens généralement pas plus d’une heure avant d’être complètement fatiguée.
Pour expliquer un peu mon parcours, j’ai été diagnostiquée en France par une psychologue lorsque j’étais accompagnée par la Mission Locale parce que je rencontrais différentes difficultés dans ma vie.
Le diagnostic a été établi à partir de beaucoup de choses : mon enfance, mes comportements, mes hyperfocus, ma manière de fonctionner, ce que je ressentais, etc.
Normalement, pour un diagnostic de TSA, c’est très utile d’avoir quelqu’un qui nous connaît depuis l’enfance et qui peut parler de notre comportement quand on était petit, notamment entre 0 et 5 ans.
Dans mon cas, ce n’était pas vraiment possible.
Et je veux vraiment faire une petite parenthèse là-dessus parce que c’est important pour moi : je ne veux absolument pas que ma mère lise ce post et se dise que c’est sa faute.
Ce n’est la faute de personne.
Je suis née dans les années 2000. À cette époque, l’autisme était beaucoup moins connu qu’aujourd’hui, surtout chez les filles et les personnes qui masquent énormément. Il y avait aussi énormément de stigmatisation autour des maladies mentales, de la dépression, des troubles psychologiques, etc.
Donc non, ce n’est pas la faute de ma mère si j’ai été diagnostiquée t**d.
Ce n’est pas la faute de quelqu’un si certaines choses de mon enfance ont été difficiles à comprendre.
On avait simplement beaucoup moins de ressources et de connaissances qu’aujourd’hui.
Bref.
Maintenant, être autiste en Corée du Sud, ça fait quoi ?
Eh bien… c’est fatigant. 😂
La Corée est un pays extrêmement stimulant sensoriellement.
Vous pouvez avoir un convenience store qui met de la musique. Deux cents mètres plus loin, vous avez un café qui met sa propre musique. Puis un restaurant qui met encore une autre musique. Puis une boutique.
Et vous vous retrouvez avec plusieurs musiques différentes qui se mélangent dans la rue.
Et ça, c’est sans compter les voitures, les scooters, les gens qui parlent, les bruits des restaurants, les couverts, les annonces, les odeurs de nourriture, les lumières, les panneaux LED…
Les panneaux lumineux, justement, parlons-en.
Vous avez des panneaux partout qui clignotent pour vous dire que le karaoké est ouvert, que le coiffeur est ouvert, qu’un restaurant vient d’ouvrir, qu’il y a une promotion, etc.
Personnellement, j’ai énormément de mal avec ça.
Et les odeurs aussi. Vous pouvez passer devant trois restaurants différents et avoir trois odeurs complètement différentes en quelques secondes.
Ajoutez à ça les voitures, les gens, les parkings parfois inexistants où vous devez marcher quasiment au milieu de la route pour aller quelque part… bref, mon cerveau prend cher. 😂
Et c’est pour ça que j’ai récemment investi dans un casque à réduction de bruit de chez Sony.
Et honnêtement ?
Je revis.
Je peux mettre de la musique et couper une énorme partie du monde extérieur. Même pour étudier, ça change complètement ma vie.
Et je sais que pour certaines personnes ça peut paraître exagéré de dire « j’ai besoin d’un casque pour supporter la rue », mais quand vous avez une hypersensibilité sensorielle, ce n’est pas juste « du bruit ».
C’est une quantité énorme d’informations que votre cerveau doit traiter en permanence.
Et quand vous êtes déjà fatigué, ça devient très vite insupportable.
Et c’est là qu’on arrive à la partie santé mentale.
Parce qu’il y a aussi une différence que j’ai pu remarquer entre la France et la Corée concernant la psychiatrie.
Je précise évidemment que je parle de mon expérience et de ce que j’ai pu observer, et que tous les hôpitaux ne fonctionnent pas exactement de la même manière.
En France, lorsque j’ai été hospitalisée pour des raisons qui n’étaient pas directement liées à mon autisme, j’avais un suivi assez régulier avec un psychiatre. Les consultations étaient relativement longues et il y avait aussi des activités.
Je me rappelle notamment qu’on regardait parfois des DVD Ghibli. 😂
Mais attention, ça ne veut absolument pas dire que mon expérience en psychiatrie française était parfaite.
Loin de là.
J’ai aussi vécu des choses qui m’ont profondément traumatisée.
J’étais dans une unité avec des adolescentes et il y avait énormément d’automutilation entre patientes. Il y avait même des sortes de compétitions autour de ça, et il m’est arrivé de voir du sang assez régulièrement.
Ce sont des choses que je n’aurais probablement jamais dû avoir à voir en tant que patiente dans un hôpital psychiatrique.
Les chambres étaient également communes, avec trois ou quatre personnes.
Et il y avait aussi des moments où j’avais l’impression qu’on ne me croyait pas.
Par exemple, quand je disais que je ne dormais pas, on pouvait me dire que ce n’était pas vrai parce que les soignants étaient venus dans la chambre et m’avaient vue les yeux fermés.
Sauf que… avoir les yeux fermés ne veut pas dire dormir. 😭
Je me souviens très bien être allongée dans mon lit, les yeux fermés, à regarder l’heure toutes les cinq minutes.
Et parfois j’entendais la porte s’ouvrir et je n’osais même pas dire que je n’arrivais pas à dormir.
Je finissais par le dire seulement le lendemain matin.
Donc oui, il y avait aussi énormément de problèmes dans cet hôpital.
Et avec mon bac ASSP, j’ai aussi pu voir certaines choses dans le milieu hospitalier qui posent problème.
Le manque de personnel, les budgets, les conditions de travail… tout ça joue énormément.
En Corée, de ce que j’ai pu voir et de ce que j’ai pu entendre de personnes ayant été suivies ici, la psychiatrie peut avoir une approche beaucoup plus centrée sur les médicaments, avec des consultations parfois très courtes.
On peut parfois avoir une consultation d’une quinzaine de minutes, parler de ce qu’on ressent, avoir un ajustement du traitement et repartir.
Encore une fois, je ne dis absolument pas que TOUS les psychiatres ou TOUS les hôpitaux coréens fonctionnent comme ça.
Mais c’est une différence que j’ai personnellement ressentie.
Et c’est notamment pour ça que je n’ai jamais été hospitalisée en psychiatrie en Corée.
Même si, il y a environ deux semaines, j’ai fait un énorme meltdown autistique et que j’étais dans un état où j’aurais probablement eu besoin d’aide.
Mais l’idée d’aller dans un hôpital psychiatrique ici me faisait peur, notamment parce que je ne savais pas à quoi m’attendre et que j’avais peur de ne pas être comprise.
Et c’est aussi pour ça que je voulais parler de tout ça.
Parce qu’on parle de plus en plus de l’autisme, mais on parle encore assez peu de ce que ça peut être de vivre avec un TSA à l’âge adulte, dans un autre pays, avec énormément de masking.
Une personne peut avoir l’air parfaitement normale dehors et être complètement épuisée une fois rentrée chez elle.
Une personne peut sourire toute la journée alors qu’elle a passé huit heures à gérer des stimuli qui lui faisaient mal.
Une personne peut ne faire aucun mouvement répétitif dehors et passer sa soirée à se balancer chez elle pour réussir à redescendre.
Et surtout, quelqu’un qui masque très bien peut être beaucoup plus en difficulté qu’il n’en a l’air.
Le masking ne fait pas disparaître l’autisme.
Il le rend juste moins visible.
Voilà, c’était mon petit témoignage du jour. ❤️
Et si vous êtes vous-même autiste, ou si vous vivez à l’étranger avec un TSA, je serais vraiment curieuse de connaître votre expérience.
Est-ce que vous ressentez aussi cette surcharge sensorielle dans certaines villes ou certains pays ? Est-ce que vous avez aussi l’impression que les gens pensent que « tout va bien » simplement parce que vous avez appris à très bien le cacher ?
(Je me suis aidée d’une IA pour corriger mes fautes d'orthographes)