26/06/2023
19 juin 1847 : signature de la convention de Jarnac, un événement important dans l'histoire de Tahiti puisqu'il mit fin à la crise diplomatique entre la France et la Grande-Bretagne au sujet de cette île et qu'il témoigne des tensions coloniales et religieuses de l'époque.
Située dans l'Océan Pacifique, l'île de Tahiti était déjà occupée depuis environ deux millénaires par diverses populations polynésiennes lorsque les Européens eurent connaissance de son existence après que le britannique Samuel Wallis (1728-1795) soit arrivé sur place et mit pied à terre en 1767. Cela permit à la Grande-Bretagne d'être la principale puissance européenne dans la région. Il fut suivi du français Louis-Antoine Bougainville (1729-1811) - lors de son tour du monde - en 1768. Ce territoire ne fut pas officiellement colonisé, bien que les Britanniques s'y impliquaient fortement en envoyant des missionnaires qui étaient chargés de convertir les populations locales et en étant proches de ses dirigeants. Ils avaient d'ailleurs participé à la création du royaume de Tahiti (de 1788 à 1880), tandis que le protestantisme était la religion officielle de Tahiti depuis les années 1820.
Puis, dans les années 1830, le missionnaire britannique George Pritchard (1796-1883) devint le consul du Royaume-Uni à Tahiti et le principal conseiller de la reine Pōmare IV (1813-1877). Ce défenseur de la religion réformée s'inquiéta de l'arrivée de missionnaires français catholiques et convainquit donc la reine de les expulser en 1839, s'attirant ainsi les foudres du royaume de France. En réaction, ce dernier finit par instaurer un protectorat et même par annexer l'île en 1842-1843. La situation dégénéra en un conflit armé, la guerre franco-tahitienne (de 1844 à 1847), qui se termina par une victoire française. Mais les tensions entre la France et la Grande-Bretagne demeuraient.
C'est pourquoi le roi des Français Louis-Philippe Ier (1773-1850) finit par accepter de reconnaître l'indépendance des Îles Sous-le-Vent - groupe d'îles à l'opposé de Tahiti - afin de mettre fin à cette situation conflictuelle. L'accord fut signé à Londres le 19 juin 1847 par lord Palmerston (1784-1865), ministre des Affaires étrangères britannique, et par le comte de Jarnac (1815-1875) qui était le ministre plénipotentiaire du roi à Londres. Les deux puissances s’engageaient alors à ne pas annexer ces îles. Cette convention reconnut également le protectorat français sur Tahiti.
Cependant, la France plaça deux territoires des Îles Sous-le-Vent sous protectorat dès 1880 afin d'éviter qu'elles ne passent sous le contrôle de l'Empire allemand qui était de plus en plus menaçant sur le plan colonial et qui avait des vues sur cette région, notamment pour servir de base pour le commerce. Le processus d’annexion était alors enclenché et des négociations eurent ainsi lieu avec la Grande-Bretagne pour abroger la convention de Jarnac en 1887. Les Français durent cependant encore faire face à une révolte intérieure avec la guerre des Îles Sous-le-Vent (de 1880 à 1897).
Les Îles Sous-le-Vent devinrent finalement un territoire français et intégrèrent les Établissements français d'Océanie (de 1880 à 1946) - ancêtres de la Polynésie Française - en 1898. Quant à Tahiti, elle fut annexée par la France à la suite à l'abdication de son roi Pōmare V (1839-1891) en 1880. Ces nombreuses annexions par les pays européens s'étaient malheureusement faites sans tenir compte des populations autochtones qui vivaient déjà sur place depuis plusieurs millénaires.
En images : vue aérienne de l'île d'Huahine qui fait partie des Îles Sous-le-Vent dans l'archipel de la Société. Elle compte aujourd’hui environ 6 000 habitants sur une superficie de 74 km.